Perturbateurs endocriniens et fertilité

Perturbateurs endocriniens et fertilité

Mise à jour le 24 novembre 2025

On parle de plus en plus des perturbateurs endocriniens, souvent avec inquiétude, parfois avec confusion. Ce sont des substances présentes un peu partout dans notre environnement et qui peuvent interagir, à différents degrés, avec le système hormonal. Celui-ci régule une multitude de fonctions essentielles : le cycle menstruel, la reproduction, le métabolisme, la gestion du stress, la digestion et plus encore.

En tant que nutritionniste, je me suis souvent retrouvée, au fil de mes lectures scientifiques et de mon intérêt pour la santé hormonale et reproductive, devant un constat récurrent : plusieurs études sur la fertilité, l’endométriose, le SOPK ou encore la qualité ovocytaire et spermatique mentionnent des polluants environnementaux, dont les perturbateurs endocriniens.
Comme plusieurs voies d’exposition passent par l’alimentation, les emballages alimentaires et certaines pratiques culinaires, le lien est devenu impossible à ignorer. C’est ce qui a suscité mon intérêt à mieux comprendre les associations et comment limiter son exposition.

Ce que la recherche nous dit 

Les études des dernières années montrent des associations entre l’exposition à certains perturbateurs endocriniens et différents paramètres de santé reproductive, autant chez les hommes que chez les femmes.

Les tendances observées dans les revues systématiques récentes incluent :

• des variations de la concentration, de la motilité et de la morphologie des spermatozoïdes
• des dysfonctionnements hormonaux
• des associations avec l’infertilité
• des liens observés avec des conditions endocriniennes comme le SOPK, l’endométriose ou une réserve ovarienne plus faible
• des résultats plus variables en procréation assistée (par exemple une qualité embryonnaire différente ou un taux d’implantation plus faible)

Cependant, — et c’est essentiel de le dire — ils ne prouvent pas la causalité.

La majorité des études sont observationnelles et présentent des limites comme:
• un seul point de mesure de l’exposition (souvent insuffisant)
• des méthodes différentes d’une étude à l’autre
• des populations très hétérogènes
• des difficultés à tenir compte des mélanges de substances

Où les retrouve-t-on?

Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents.
Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre dans la peur — seulement qu’il est utile de savoir où ils peuvent se trouver pour mieux réduire l’exposition lorsque c’est possible.

Dans la cuisine
• le plastique (BPA, phtalates)
• les contenants usés ou chauffés au micro-ondes
• certains ustensiles de cuisine antiadhésives (PFAS)
• les emballages alimentaires

Dans l’alimentation
• certains pesticides
• la migration de composés depuis les contenants
• les aliments ultra transformés qui passent par de nombreux contacts avec des matériaux

Dans la maison
• bougies parfumées, désodorisants d’ambiance et parfums d’intérieur
• meubles ou textiles contenant des retardateurs de flamme
• poussière domestique (qui accumule des résidus chimiques)

Dans les produits personnels
• certains cosmétiques et produits parfumés
• certains soins corporels

les perturbateurs endocriniens

Comment agissent-ils dans le corps?

Les perturbateurs endocriniens peuvent :

• imiter une hormone naturelle, créant un signal “trompeur”
• bloquer l’action d’une hormone en occupant ses récepteurs
• modifier la production, le transport ou l’élimination des hormones

Les effets potentiels varient énormément selon la substance, la dose, le moment de l’exposition et la sensibilité individuelle.

Qu’en est-il de la fertilité?

Les données actuelles montrent des associations entre certains perturbateurs endocriniens et :

Chez l’homme
• une qualité spermatique réduite (motilité, morphologie, concentration)
• une augmentation du stress oxydatif affectant l’ADN spermatique

Chez la femme
• une variabilité du cycle
• des déséquilibres hormonaux
• des associations observées avec l’endométriose, le SOPK ou une réserve ovarienne plus faible
• des résultats parfois différents en FIV (qualité embryonnaire ou implantation)

Globalement, la recherche indique que l’environnement peut jouer un rôle parmi de nombreux autres. Mais les limites méthodologiques rendent impossible une interprétation causale.

Perturbateurs endocriniens et nutrition

La littérature récente indique en effet que l’ingestion de composés présents dans les aliments, la migration de substances depuis les emballages alimentaires, ainsi que la contamination des sols et de l’eau représentent une part importante de l’exposition totale. Certaines revues concluent même que l’alimentation est considérée, à l’heure actuelle, comme l’une des voies majeures d’exposition aux perturbateurs endocriniens.

C’est donc tout naturellement que ce sujet croise le champ de la nutrition.

De plus, certaines interventions alimentaires semblent avoir un impact mesurable. Des études montrent que réduire l’utilisation de contenants et emballages en plastique, limiter les aliments en conserve et choisir davantage d’aliments frais (et biologiques lorsque possible),  peut contribuer à réduire l’exposition à certains perturbateurs endocriniens.
Ces données restent encore préliminaires, mais elles donnent des pistes réalistes et concrètes avec un accompagnement nutritionnel axé sur la santé globale.

Comment réduire l’exposition (sans se surcharger mentalement)?

L’exposition zéro n’existe pas.
Le but est de réduire ce qui peut l’être, à un rythme réaliste.

Dans la cuisine
• privilégier le verre, l’acier et la céramique
• éviter de chauffer des aliments dans des contenants de plastique

Dans la maison
• aérer quelques minutes par jour
• limiter les produits parfumés et désodorisants d’ambiance
• réduire la poussière avec un chiffon humide

Produits personnels
• réduire la charge totale (moins de produits, choisis avec intention)
• préférer des formules plus simples lorsque possible

Alimentation
• manger varié, et limiter les aliments ultra-transformés
• assurer un apport suffisant en fibres.
• inclure des aliments riches en antioxydants
• lorsque possible, choisir certaines options biologiques, sans pression ni perfectionnisme

Ce sont des gestes simples, cumulés au fil du temps, qui réduisent l’exposition globale.

En conclusion

Les perturbateurs endocriniens font partie de notre environnement, et l’exposition totale est inévitable. La bonne nouvelle, c’est que de nombreuses actions simples permettent de réduire leur présence dans le quotidien.
L’idée n’est pas de viser la perfection, mais de s’informer, de comprendre, puis de modifier graduellement quelques habitudes à son rythme.

Un changement à la fois suffit.

Si tu souhaites être accompagnée à travers des stratégies nutritionnelles adaptées à ta réalité, tu peux prendre rendez-vous avec juste ici.

Et si tu veux en savoir plus sur la façon dont l’alimentation peut soutenir ta fertilité, tu peux consulter le lien suivant.

 

Autres ressources et lectures intéressantes sur les perturbateurs endocriniens 

-https://www.environnement.gouv.qc.ca/jeunesse/sais_tu_que/2018/1812-perturbateurs-endocriniens.htm

-https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Facteurs-de-risque-et-de-protection/Environnement/Perturbateurs-endocriniens

-https://www.cchst.ca/oshanswers/chemicals/endocrine.html

-https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/article/perturbateurs-endocriniens

-https://www.inspq.qc.ca/pfas/sources-exposition

– https://www.ciape-iceda.ca/coin-educatif/

 

 

Références:

-Corbett, G. A., Lee, S., Woodruff, T. J., Hanson, M., Hod, M., Charlesworth, A. M., Giudice, L., Conry, J., McAuliffe, F. M., & International Federation of Gynecology and Obstetrics (FIGO) Committee on Impact of Pregnancy on Long-term Health and the FIGO Committee on Climate Change and Toxic Environmental Exposures (2022). Nutritional interventions to ameliorate the effect of endocrine disruptors on human reproductive health: A semi-structured review from FIGO. International journal of gynaecology and obstetrics: the official organ of the International Federation of Gynaecology and Obstetrics157(3), 489–501. https://doi.org/10.1002/ijgo.14126

-Melough, M. M., Maffini, M. V., Otten, J. J., & Sathyanarayana, S. (2022). Diet quality and exposure to endocrine-disrupting chemicals among US adults. Environmental research211, 113049. https://doi.org/10.1016/j.envres.2022.113049

-Tzouma, Z., Dourou, P., Diamanti, A., Harizopoulou, V., Papalexis, P., Karampas, G., Liepinaitienė, A., Dėdelė, A., & Sarantaki, A. (2025). Associations Between Endocrine-Disrupting Chemical Exposure and Fertility Outcomes: A Decade of Human Epidemiological Evidence. Life15(7), 993. https://doi.org/10.3390/life15070993